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La menace du Pape au pouvoir royal

Cela s’inscrit dans la suite logique d’un événement majeur qui a eu lieu en 1075. Dans les années 1075, il y a eu de la part de l’Eglise de Rome un désir de réforme et comme le pape qui a pris un peu la tête de cette réforme s’appelait Grégoire, on a appelé cette réforme la réforme grégorienne.

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Au moment de cette réforme de l’Eglise, la papauté qui avait le vent en poupe s’était attribuée comme une sorte de monopole le pouvoir spirituel sur l’Eglise. (de Ecclesia : la communauté de tous les chrétiens). Donc monopole du spirituel sur l’Eglise, y compris bien entendu les rois et les empereurs. La papauté avait limité les rois et les empereurs au pouvoir temporel. A moi le spirituel disait le Pape, à vous le temporel.

 

De ce fait la papauté s’était proclamé tant bien que mal mais sans trop de difficultés parce qu’en 1075 rois et empereurs étaient peu puissants. La papauté s’était proclamée le guide spirituel de tout l’occident.

 

Effectivement le pape se considérant à la fois comme l’héritier, le successeur de Pierre et l’héritier de l’empereur romain, le pape prétendait exercer sa supériorité, sa suprématie sur toutes les puissances impériales.

 

Il tirait ses prétentions d’un certain nombre de propositions, de 27 propositions, que dans sa lutte contre l’empereur d’Allemagne le pape Grégoire VII avait réussi à imposer en 1075.

 

Parmi ces 27 propositions (dictatus papae), et en 1075 le roi de France pas assez fort pour y résister, il y en avait quelques unes qui pouvaient être graves pour l’avenir. Par ex il était dit que « seul le pape peut user des insignes impériaux » ce qui signifie que c’est le pape qui fait l’empereur. Il était dit aussi que s’il l’estimait bon, lui le pape pouvait, comme guide moral et spirituel, « il pouvait déposer les empereurs ». il pouvait donc faire et défaire les empereurs.

 

Dans une autre proposition, extrêmement grave pour tout le monde, que le pape « pouvait délier tous les grands vassaux de leurs engagements vis-à-vis de leur seigneur ». Une véritable bombe en pleine période de la féodalité. Des bombes à retardement, des armes fourbies contre le pouvoir des empereurs, mais plus généralement contre le pouvoir des rois. C’est une situation gravissime, qui donne un pouvoir énorme au pape.

 

Ces propositions avaient pour but de régler le conflit entre pape et empereurs, mais avaient aussi pour but d’écraser les autres souverains d’occident. Le rêve de papauté qui a bien failli réussir d’ailleurs, c’était de faire du pape le chef spirituel et aussi temporel de l’Occident chrétien médiéval, de gouverner seul cet Occident chrétien et d’avoir lui l’auctoritas et de ne concéder aux rois et empereurs que la potestas. Cela a failli bien fonctionner.

Au XIIIème, en particulier en la personne du pape Innocent III, qui a bien failli transformer cet Occident et le mettre sous la botte, et donc instituer une théocratie en Occident.

 

France vs Allemagne

Pendant que le Roi est en train de se battre contre empereur d’Allemagne pour finir par dire le « Roi est empereur dans son royaume » ; il a délaissé le pape.

 

Du jour ou l’Empereur d’Allemagne a cessé d’être un obstacle pour le Roi de France, ce sont retrouvés face à face le Roi et ses prétentions, et le Pape et ses prétentions. Le conflit devait nécessairement éclater entre ceux qui prétendaient imposer la théocratie, et ceux qui prétendaient imposer sur le trône de France imposer leur souveraineté absolue et total.
C’est à l’extrême fin du XIIIème et début XIVème que le face à face va être d’une violence exceptionnelle, qui va voir se dresse pour le royaume de France le jeune fringant et beau Philippe IV et un vieillard cacochyme, le dénommé Boniface. Ces deux personnages vont s’affronter au nom de deux conceptions absolument inconciliables.

 

Il est vrai que beaucoup d’historiens ont insisté sur le conflit des générations, comme si c’est l’âge qui crée la jeunesse et la vieillesse, alors que « ce n’est pas parce qu’on est vieux qu’on est vieux ». Pont-Bournez ne croit pas à cette hypothèse.

 

En revanche le conflit est un conflit idéologique : il dresse 2 conceptions du pouvoir, de la souveraineté, de la fonction, de la mission. Philippe IV, certes est jeune, mais surtout on est tout début du XIVème, et Philippe est le pur produit, le résultat de ses pères et grands-mères et il a été élevé au berceau avec une conscience aigüe de ce que doit être la majesté royale. De ce point de vue il est absolument inébranlable sur la moindre ingérence de la papauté dans les affaires du royaume de France.

 

En face, Boniface VIII est le pur produit de la théocratie pontificale. Lui aussi est inébranlable sur la conviction profonde que le pape doit intervenir dans les affaires spirituelles et temporelles de tous les royaumes. On ne pouvait donc aller qu’on conflit, qui va être extrêmement dur, qui va se dérouler en forme de tragédie en 3 actes, mais il faut reconnaître qu’à la fin de la partie c’est le Roi de France qui gagné.

 

Lever l’impôt pour la guerre

Le Roi de France avait la possibilité en cas de besoins financiers de prélever la décime, c’est-à-dire le 10ème des revenus ecclésiastiques, décime instaurée au moment de la 3ème croisade. Mais pour se faire le Roi devait demander une autorisation au Pape. Il revenait au Pape d’accorder ou non cette décime.

 

Pendant quelques années, Philippe IV avait respecté la procédure. Tous les ans il demandait l’autorisation au Pape de lui conférer la décime. Un jour Philippe IV se dit pourquoi passer par l’autorisation pontificale, je peux m’adresser à mon propre clergé. Ce qu’il fait en 1295 : il convoque une assemblée d’évêques qui évidemment trop content de faire plaisir à leur Roi (ils ont tout à ya gagné) autorisent la lever de la décime.

 

Les choses en seraient certainement resté là, mais il y avait dans l’entourage du Roi de France, des moines qui appartiennent à l’ordre des cisterciens qui outrés par le procédé utilisé par le Roi de France, font le voyage jusqu’à Rome, préviennent le Pape, qui saute sur l’occasion et rappelle dans une lettre au Roi de France qu’il a besoin de la sa permission s’il veut de l’argent. Le pape est tout à fait dans son droit. Mais c’est le mot « permission » a fait bondir le Roi de France, qui y a vu l’expression de la supériorité politique du Pape.

 

Comme toujours dans les périodes de crise, c’est le mot qui a mis le feu au poudre. Tout cela couvait, mais comme dans toute crise, il faut un détonateur. Philippe réplique par un texte extrêmement bien bâti, puisqu’il comporte 2 parties : une partie théorique et une partie répressive.

 

La partie théorique commence par cette phrase qui a fait bondir le pape : « avant qu’il eu des clercs il y avait un Roi de France ». Ainsi commence le manifeste de Philippe IV, qui avec ses légistes s’est inspiré à la fois d’Aristote, du droit romain et du droit canon. Il affirmait dans le manifeste d’abord l’antériorité du pouvoir politique sur le pouvoir religieux (fait objectif). Que ce fût historiquement fondé n’avait pas la moindre importance. Dans ces cas là ce qui compte c’est la mauvaise foi.

 

Un conflit juridique et religieux autour de l’impôt

Pour mieux défendre sa position, le Roi se place sur le terrain des Ecritures (synonyme à l’époque des Evangiles). Il reprend le fameux « rendez à César ce qui est César… ». Ce sont des paroles rapportées par les évangélistes qu’auraient prononcée Jésus, disant « rendez à César » (c’est à dire payez vos impôts), « rendez à Dieu …(n’honorez qu’un seul Dieu, et non l’Empereur qui se prenait pour un Dieu ). C’est un argument assez imparable, car la Roi demandait des impôts.

 

Mais en plus Philippe va assortir son argumentation théorique d’un certain nombre de mesures répressives, et entre autre Philippe IV interdit toute sortie d’or et d’argent du Royaume. Ce faisant, il privait le pape de ressources que celui-ci recevait régulièrement du clergé, et avec son argumentation théorique le Roi exprimait l’étendu de sa souveraineté. Dans cette première phase du conflit, le pape Boniface VIII a été impressionné par la réaction du Roi, extrêmement secoué et perturbé par la solidarité entre le clergé de France (qui au fond a obéi au Roi et désobéi au Pape) et il autorise du coup Philippe à percevoir les décimes avec le seul accord de son clergé.

 

Logiquement, le conflit était fini et les choses auraient du s’en tenir là. De fait, statu quo pendant 3 ans. Mais la situation politique du roi de France va un peu se détériorer. Le Pape va en profiter pour plonger le Roi dans des difficultés. Evêque de Panier (Ariège), éméché, profane des insanités contre le Roi. Ces propos sont rapportés au Roi, qui le considère comme une atteinte à la majesté royale.

 

Après enquête, les juges royaux lancent un ordre de comparution immédiate de l’évêque en présence du Roi, de ses barons et au mépris du privilège de for, qui autorisait tous les membres du clergé à n’être jugés que par des juges ecclésiastiques, donc au mépris des droits de la justice ecclésiastique.

 

Aussitôt mis au courant, Boniface lance en 1302 une bulle pontificale  qui commence par « ausculta mi fili … » (Ecoute mon fils les préceptes du maître..) Premiers mots de la règle de Saint Benoit.

Le pape accuse le Roi d’être un faux monnayeur (ce qui était vrai) et Boniface après avoir énuméré un certain nombre de reproches fait au gouvernement du Roi de France, conclu la bulle par la convocation d’un concile (réunion de tous les évêques) à Rome pour novembre 1302 pour juger le Roi de France.


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Auteur : Planete Droit

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