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La réaction du Roi de France face à la menace de l’empereur

Cette réaction n’avait pas attendu le coup d’éclat de la diète de Roncaglia et s’inscrire dans le sillage extrêmement glorieux du grand et vieil empereur Charlemagne (dont l’empereur d’Allemagne se réclamait aussi)

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De fait depuis la fin du XIème siècle, pour soutenir la revendication française à l’auctoritas un mouvement était né qui prétendait rattacher le royaume de France à Charlemagne. Mouvement qui pouvait permettre à la dynastie capétienne de revendiquer aussi l’auctoritas impériale. On retrouve l’abbé Suger.

 

C’est ainsi qu’à la fin du XIIème, ceux que l’on appelle les dionysiens (moines de l’abbaye de Saint Denis) vont fabriquer une histoire de Charlemagne et de son neveu Rolland, attribuée d’ailleurs à son compagnon légendaire l’archevêque Turpin. Cette histoire va prendre le nom de pseudo Turpin (c’est un faux). Ce pseudo Turpin a été traduit, remanié, embelli par les moines au point que ce texte va finir par devenir la seule référence, la seule véritable histoire de Charlemagne qui, dit le texte, « a donné la France à monseigneur Saint-Denis ». Pour parachever cette habile construction, qui avait pour but de rattacher la dynastie capétienne à la dynastie carolingienne (Huges Capet avait usurpé la royauté).

 

Pour parachever ce montage, les moines vont fabriquer un faux diplôme de donation de Charlemagne à l’abbaye de Saint Denis. Dans cette donation (pseudo-donation) l’empereur Charlemagne dit tenir son royaume de Dieu par l’intermédiaire de Saint-Denis et « de Dieu et de toi Saint-Denis je tiens le Royaume de France ».

 

Ce qui signifie au bas mot, allons à l’essentiel (sur les recherches les plus récentes) en fait, que Charlemagne empereur est devenu le parton de la France, du Royaume de France que le Roi de France tient son Royaume de Dieu par l’intermédiaire de Saint-Denis. Et c’est donc ainsi que les moines dont on a dit que Saint Denis était l’atelier de Vulcain, les moines ont très certainement sous l’influence des conseillers du Roi de France, ont donné

 

Les biographes de Philippe Auguste à qui ils ont conféré ces titres rappelle l’Auguste de l’empire romain vont mettre en avant ce règne extrêmement long qui a duré 43 années. C’est celui de l’essor extrêmement rapide d’un pouvoir. Les progrès étaient considérés dans une optique à la fois chrétienne, nationale et impériale. Les légistes du roi de France mais aussi les canonistes utilisent tout ce qui leur semble bon. La notion de propagande n’est pas quelque chose de récent. C’est surtout dans la souveraineté royale en plein développement que les légistes puisent des éléments autrement plus convaincants pour étayer leur doctrine.

 

Leur doctrine c’est de dire qu’au fond le roi de France est égal à l’empereur d’Allemagne. Il reprenne dan le droit féodal : « le roi ne doit tenir de personne. » Le roi ne tient de personne ni à l’intérieur du royaume, ni à l’extérieur du royaume. Par conséquent il ne dépend pas non plus de l’empereur.

 

L’argument féodal était un petit peu léger. Les légistes vont puiser dans le droit romain tout l’arsenal nécessaire à la royauté française. Ils le font à un moment où ils affirment précisément que le roi de France ne saurait et ne pourrait relever d’aucune puissance temporelle. La preuve de cette insertion est dans l’imperium qui est à Rome -> tous les pouvoirs, le pouvoir le plus puissant

 

L’empereur avait cet imperium car c’était la loi qui le lui avait donné. Les légistes français ont affirmé qu’étant donné que la raison d’être de la juridiction royale est l’utilité publique, elle est donc de la même qualité que la juridiction de l’empereur. Il y a identité de juridiction alors celle-ci attribue forcément au roi de France un pouvoir de subsistance, de nature identique à celui de l’empereur. Il est le princeps (premier d’entre tous), mot qui a donné le mot prince. Jean Blanot a inventé une formule : « le roi de France est princeps en son royaume. »

 

Cette maxime veut dire que le pouvoir du roi de France fait échec à la prétendue autorité universelle de l’empereur. Ce dernier qui d’ailleurs commence à avoir de sérieux problèmes dans son empire doit considérer le roi capétien comme une puissance concurrente avec laquelle il doit désormais compter. A la fin du XIIIème siècle un autre légiste, Guillaume Plaisans va mettre à profit la faiblesse politique, crise politique que traverse l’empire allemand (crise sévère car il n’y avait plus d’empereur) : « le roi de France est empereur en son royaume ». L’autorité impériale est transportée sur le roi de France qui dans son royaume, se considère comme un empereur. Ce qui veut dire qu’à ce titre il jouit des mêmes prérogatives que celles dévolues à l’empereur et en particulier il jouit de la même auctoritas.

 

Pour exprimer juridiquement son pouvoir souverain il utilise le droit romain, c’est à partir de ce moment là que sera forgée cette formule des ordonnances royales « tel est notre bon plaisir » au XVème et XVIème  siècles. Cette formule est reprise et arrangée à la sauce royale française de celle du jurisconsulte Ulpien. Cette formule latine « quod principi placuit legis habet vigoren »  « Ce qui plait au prince a force de loi ».  Cela ne signifie pas que le roi puisse faire n’importe quoi.  C’est le sens à donner à ce qu’il plait

 

Quod principi placuit legis habet vigorem. Ce qui plaît au prince a force de loi. Lien ave « tel est Nôtre bon plaisir ». Origine du mot placet : une requête. On peut dire qu’une opinion a l’air plus plaisant qu’une autre. Sens à donner : ce qui plait. Il n’y a pas un caractère tyrannique. Peut être un peu arbitraire.

 

On peut ajouter, est-ce que le plaisir est toujours plaisant ?

Ne veut dire en aucun cas d’une affirmation d’un pouvoir absolu (cela serait un énorme contresens). Pas conséquence le fameux quod placuit auquel se référeront tous les rois de France, et encore plus au XVIIème, ce quod placuit est ce que le Prince estime être bon non pas pour lui, mais pour la communauté politique dont il a la charge.

 

C’est ce bien qu’il doit chercher dans son gouvernement au nom de ce qu’on appelle le commun profit.

Pour autant cette indépendance que les circonstances de l’empire d’Allemagne a favorisé (empereur d’Allemagne de plus en plus faible, se délite en mille morceaux… De plus comme l’empereur est élu, il y a des crises politiques à chaque mort de l’empereur) n’était qu’une des expressions de la souveraineté, parce que fin XIIIème et début XIVème il fallu aux capétiens se garder des prétentions à la domination du monde exprimées par le pape, le pontifex maximus.

 

Le danger était grand. Car une chose est de s’attaquer à l’empereur d’Allemagne, une autre est de s’attaquer au pontifex maximus. Car à cette époque, le pape est le chef de la chrétienté occidentale. Il est impératif à partir de 1054 de distinguer la chrétienté en occident et la chrétienté en orient, puisque 1054 est l’année d’un schisme (terme exclusivement régulier : séparation absolue et totale) qui a donc divisé les chrétiens entre ceux que l’on appelle les chrétiens orthodoxes (othodoxos : celui qui suit la droite ligne) qui ne reconnaissent pas l’autorité du pape et les chrétiens d’occident qu’on appelle catholique (catholiquos : universel).

 

Par conséquent, à partir de 1054 il y a une scission toujours actuelle entre les chrétiens orthodoxes qui considèrent qu’ils sont les seuls à suivre la droite ligne des origines, et les chrétiens qui se sont installés en occident et qui ont une prétention à l’universalité, et qui reconnaissent l’autorité du pape, le pontifex maximus, le successeur de Pierre.

 

Evidemment, s’attaquer au pape quand on Roi de France et qu’on tient son pouvoir de Dieu, il faut avoir des épaules. C’est ce qui va se passer..


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Auteur : Planete Droit

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