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La Suprématie royale : le Suzerain

Au XIIème, un abbé, l’abbé Suger qui dirigeait le monastère de Saint Denis, qui fait parti de ces lettrés, de ces proches de la royauté, de ces hommes qui ont une connaissance du droit, et qui sont aussi des hommes qui à coté ont œuvré dans le sens de cette reconstruction de l’unité.

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Tous ces hommes ont tous comme point commun d’avoir eu comme préoccupation quelque peu désintéressée (mais ils s’y retrouvaient) l’idée que la royauté doit être une force extrêmement puissante appuyée sur des principes qui deviendront pas la suite imprescriptible.

 

L’abbé Suger a été proche du roi Louis VI le Gros, et conseiller de son fils Louis VII. Pendant que Louis VII était parti aux croisades, c’est l’abbé Suger qui a exercé la régence (pendant 2 ans) : très exceptionnel dans l’histoire de France.

 

L’abbé Suger dit : le Roi doit être au faîte (au sommet)  de toute la hiérarchie qui s’était mise en place à l’époque précédente, la hiérarchie féodale. Même si l’abbé Suger décrétait comme un axiome « le Roi doit être », entre l’énoncé d’un principe et sa mise en œuvre, il y a des écarts. Le but va être que la réalité rejoigne cette affirmation.

Saint Denis, c’est la nécropole de tous les rois de France (à quelques exceptions près)

 

Cette suprématie affirmée depuis le XIIème, elle était cependant limitée, car le roi n’avait de pouvoir que sur ses vassaux directs, et pas sur ses arrière-vassaux.

Toute l’œuvre du roi capétien et de ses conseillers vont porter sur cette question.

 

Le Roi va étendre sa supériorité d’abord sur toute la société féodovassalique. Ce n’est qu’ensuite qu’il affirmera sur tous ses sujets, sur tous les sujets du royaume, indépendamment de toute relation vassalique.

Nous allons assister au passage de la supériorité sur le monde féodal (sur les seigneurs) à celle que le Roi va exercer sur l’ensemble du royaume.

 

Définition de la suzeraineté

 Suzeraineté : autorité que le Roi exerce sur les seigneurs.

Pour que cette suzeraineté soit totale, le roi ne doit en aucun cas apparaître comme une personne dépendante. En d’autres termes, le roi va faire jouer au maximum à son profit toutes les règles et les mécanismes féodaux afin de s’affirmer au dessus de tous, afin de s’affirmer comme le suzerain des suzerains.

 

Roi

  • Prince Flamand : avec leurs propres vassaux
  • Duc de Normandie :

Le roi se trouvera alors au somme d’une hiérarchie, sans personne au dessus de lui.

 

Par ailleurs il faut que les règles de priorité d’hommage (hommage : cérémonie au cours de laquelle un vassal met le genou à terre, baisse la tête, met la main dans celle de son suzerain et lui flanque un coup d’épée : « je te reçois pour ton homme », « je suis ton homme »)

 

Par conséquent dès lors que le Roi veut être le suzerain de tous, ces règles de priorité d’hommage ne doivent plus jouer contre le Roi, mais au contraire s’étendre en ce qui le concerne jusqu’au plus petit des plus petit, le plus lointain des arrière-vassaux.

Brocart : synonyme d’adage

 

Le Roi ne tient de personne

 Cela veut dire qu’à partir des années 1150, il apparaît inadmissible (avant cela l’était) pour tous les théoriciens du pouvoir (parmi eux Suger) que le Roi prête hommage à un seigneur.

De la même manière il est inadmissible que le Roi accepte de tenir une terre d’un autre seigneur a fortiori (cela signifierait que l’idée de Royaume est mise en dépendance) (fief : terre tenue d’un autre).

 

Pourquoi ces 2 points sont inadmissibles ? Parce que dit l’abbé Suger, la royauté domine. Elle est dorénavant au sommet de la hiérarchie et en dessous du Roi se trouvent tous les grands princes qui sont eux les vassaux du Roi. Ce sont eux qui ont plié genou devant le Roi et qui ont dit « je suis ton homme ». En dessous de ces vassaux se trouvent les arrière-vassaux.

 

Donc tous les seigneurs entre eux se doivent hommage, mais le Roi lui ne doit hommage à personne et pourquoi ? Précisément dit Suger parce qu’il est le Roi.

 

Ce qu’il faut retenir, c’est que ce point de doctrine ne sera plus jamais remis en cause à partir de 1150. C’est la raison pour laquelle un siècle plus tard lorsque la royauté est encore plus puissante (époque de Saint-Louis) et que l’on commence à rédiger par écrit un certain nombre de règles coutumières, ce point de doctrine se trouve exprimé dans un coutumier (un livre dans lequel sont rassemblées des coutumes), intitulé Le livre de jostice et de plet (note : pleut donnera plaid, qui donnera plaideur, plaidoyer) : « le Roi ne doit tenir de nuil » (nuil : du latin nullius).

C’est là que se situe un immense progrès juridique, au sens ou l’on peut dire que le refus d’hommage est une étape essentielle dans l’établissement de la suzeraineté souveraine du Roi.

 

Le Roi s’impose à tous

Certes le Roi est au sommet de la hiérarchie. Plus personne ne le conteste. Lors de grandes cérémonies, dès la fin du XIIème, tous les grands du Royaume viennent. Seulement, pour que cette construction soit totalement, pleinement achevée, il ne faut en aucun cas que les règles du système féodal viennent entraver d’une quelconque façon l’exercice du pouvoir royal.

Or ce que l’on constate, c’est que dès le début du XIIIème, le Roi a vraiment une emprise sur ses vassaux directs (ex : grands princes, comtes du royaume) mais en revanche il n’a pas d’emprise sur les vassaux de ses vassaux.

 

Ex : Comte Thibaut 4 de Champagne est vassal du Roi, et a lui-même ses propres vassaux comme le Vicomte de Troyes. Le vicomte de Troyes considère que celui dont il dépend d’abord et avant tout le Comte de Champagne.

 

Par conséquent les vassaux directs sont une espèce d’écran entre le Roi et les arrière-vassaux. Par conséquent cet espèce d’écran est extrêmement ennuyeux parce qu’il réduit dans la réalité le fait que le Roi se trouve au somme de la hiérarchie. Une chose est de dire, une autre coïncide à la réalité.

C’est pour cette raison que va s’engager de la part de la royauté une lutte qu’il va conduire d’abord sur les vassaux directs, puis sur les vassaux indirects

 


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Auteur : Planete Droit

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